Textes mars 2020

La pause

Pour ne pas penser à sa condition, l’homme moderne s’agite en permanence.

Travail, consommation, loisirs (et bien d’autres activités) sont fuites en avant quand ils sont maîtres du temps.

De plus, les questions existentielles ayant la fâcheuse habitude de sans cesse refaire surface, il faut s’agiter toujours plus.

Le système capitaliste et son cortège de désastres sociaux et écologiques y trouve sa pérennisation, proposant consolations et compensations de pacotille.

Et voila qu’en quelques semaines, le confinement met fin à l’agitation et met le pays en pause.

Morts, malheurs, mais aussi, chose impensable avant le 17 mars, du temps pour vivre aimer, créer, et surtout : penser.

Il plane comme un petit air frais d’An 01.

Des milliers de questions sont en débat partout :

– Qu’est-ce qui est vraiment important ?

– Ce que je faisais jusqu’à maintenant avait-il un sens ?

– Est-il possible de vivre autrement ?

– Plus simplement ?

– En Consommant et travaillant moins ?

– En harmonie avec la nature et les autres ?

– Qui sont les « premiers de cordée » : le monde des affaires qui n’a eu de cesse de détruire le bien commun ou les personnels des hopitaux qui sauvent des milliers de vies, sans moyens ?

– De qui et de quoi avons-nous encore besoin pour vivre ensemble?

– etc …

Alors, révolution ?

Des millions d’êtres incapables de se singulariser sans les modes, pétris de peurs et d’esprit de compétition, rebaisseront bientôt la tête sur le guidon pour avoir plus de pouvoir, la plus grosse voiture, la plus grosse maison, la plus grosse tombe du cimetière…

Pathétiques pathologies.

Mais,

des millions d’autres rejoignent déjà celles et ceux qui depuis quelques décennies inventent chaque jour un monde plus juste et plus tendre, imaginant d’autres façons de vivre et de gérer les angoisses existentielles.

Malgré les malheurs, ces initiatives vont exploser, plurielles, originales, colorées.

Il aura fallu une pause.

JCD  10 avril 2020

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La pause
(suite et fin)

Sortir du capitalisme est vital.
Je ne referai pas ici la liste interminable de ses méfaits sociaux et écologiques.

Alors,
pourquoi est-ce si difficile ?
Hein, pourquoi ?
Parce que nous sommes cons ?
Nan !
Enfin si,
et aussi parce qu’il faudrait peut-être d’abord sortir le capitalisme de nous…

Marx ne pouvait encore le voir, le capitalisme est devenu une formidable machine à consoler et compenser.

Il distribue des « doudous » à des millions d’adultes (qui ne le sont peut-être pas tant que ça).

Il soutient le déni de mort par tous les moyens, agitation, croyance en la croissance, propositions marchandes incessantes, compétition, vitesse, bruit, …

Il propose des « pseudos-subjectivités », des pseudos-personnalités (en prêt à porter et penser… en vente partout) à tous ceux qui sont incapables d’inventer leur vie.

Il crée de toute pièces une « vision du monde » de pacotille avec comme horizon indépassable l’enrichissement pathologique des déjà riches (et de ceux qui rêvent de les imiter) et pour les autres le statut de « producteur-consommateur ».

Malgré le constat de plus en plus visible de la vacuité de tout cela,
le capitalisme est encore soutenu (le plus souvent inconsciemment) par le grand nombre.

Le mal est profond. Il loge au coeur des angoisses, des manques, des pulsions.

Toute tentative de réforme sociale et écologique ne prenant pas en compte ces faits, est vouée à l’échec .

Pour aller vers des sociétés plus juste et tendre, en harmonie avec la nature, il est indispensable qu’une majorité de femmes et d’hommes inventent d’autres façons de gérer les angoisses existentielles et renoncent à certaines choses, s’apercevant alors qu’ils sont plus heureux ainsi.

Qu’ils étaient en « dehors d’eux » et de ce qui est essentiel : l’amour, la créativité, la solidarité…

Le niveau politique suivra naturellement.
On ne peut rien changer par « en haut », avec des gens qui vont mal, par des gens qui vont mal.

Sera alors possible la naissance d’une gauche sociale et écologique authentique, chargée de réparer ce que la « Droiche » (mélange de droite capitaliste et de gauche capitaliste, selon un fameux sketch des Inconnus) aura détruit depuis les grandes réformes du CNR (Conseil National de la Résistance).

« C’est une rêve modeste et fou
Il aurait mieux valu le taire
Vous me mettrez avec en terre
Comme une étoile au fond d’un trou »
Aragon

JCD   13 avril 2020